Jardin de Cristal

Daum / Gallé /
Le verre Art Nouveau

Auteur(s) : François Le Tacon et Eva Schmitt

Le maître incontesté du verre Art Nouveau en Europe est le nancéien Emile Gallé (1846-1904). Il a commencé à produire des verreries de formes nouvelles, le plus souvent inspirées de la nature, dès 1878.
Emile Gallé, Le vase à la carpe, 1878, détail, Musée du verre et du cristal de Meisenthal
Emile Gallé, Le vase à la carpe, 1878, détail, Musée du verre et du cristal de Meisenthal

Néanmoins, Gallé eut en Europe des prédécesseurs ou des contemporains dont le style ou les techniques ne lui doivent rien. Henri Cros (1840-1907), originaire de Narbonne, est un sculpteur qui utilisait à ses débuts la cire peinte et la terre cuite et qui mit, ou remit au point, en 1882, la technique dite de la pâte de verre en bas-relief en reprenant les écrits de Pline l'Ancien (23-79 ap. JC). Cette technique, toujours utilisée, consiste à introduire dans un moule du verre ou du cristal broyé de différentes couleurs, puis de vitrifier à nouveau.

Albert Dammouse (1848-1926), d'abord céramiste, découvre les possibilités de la pâte de verre en 1897 en collaboration avec Jean Désiré Ringel d'Illzach (1847-1916). Il l'applique aux verreries, contrairement à Henri Cros et Ringel d'Illzach qui l'ont utilisé surtout pour des bas-reliefs, des bustes ou des statuettes. Il crée de subtiles, fines et fragiles verreries Art nouveau en pâte de verre en utilisant le plus souvent des formes tirées des fleurs.

Trois artistes français utilisèrent ultérieurement la même technique pour produire des pâtes de verre Art nouveau ou Art Déco. Georges Desprez (1862-1952) a souvent réalisé des modèles crées par d’autres artistes. François Decorchemont (1880-1971), originaire de Conches-sur Ouches, a dessiné et réalisé ses œuvres lui-même. Gabriel Argy-Rousseau (1885–1953) fut le premier a mettre en oeuvre une production de série.

Philippe-Joseph Brocard (vers1840-1896) commença sa carrière de verrier en recherchant les secrets des émaux arabes des 13ème et 14ème siècles. Il exposa ses verreries d’inspiration arabe pour la première fois en 1867 à l’Exposition Universelle de Paris. Emile Gallé, aussi présent à cette exposition pour le compte de son père, Charles Gallé, fut particulièrement impressionné par ces émaux.

François-Eugène Rousseau (1827-1890) était un marchand parisien, spécialisé dans la céramique et le verre. Vers 1867, à peu près en même temps que Gallé, il se prit de passion pour l’art du Japon et fit réaliser des services en faïence japonisants en association avec un graveur, Félix Bracquemond. En 1869, deux de ses verres peints furent achetés par le Victoria and Albert Museum. Ses verreries japonisantes produites avec le concours probable des frères Appert à Clichy, apparaîtront en 1874 à Paris à la IVe Exposition de l’Union centrale des Beaux-arts appliqués à l’industrie.

Ernest-Baptiste Léveillé (1841-1913) succéda à François-Eugène Rousseau. D’autre part, deux des graveurs d’Eugène Rousseau, Eugène Michel (1848-1904), graveur à la roue extraordinaire, et Alphonse-Georges Reyen, graveur à l’acide, se mirent à leur compte et produisirent des verreries japonisantes.

Emile Gallé (1846-1904), qui débute en 1867 avec son père, Charles Gallé-Reinemer, n’a jamais utilisé la pâte de verre. Il participe aux expositions universelles de 1867 et de 1878 à Paris. Il triomphe à Paris en 1884 puis à l’Exposition universelle de 1889. De 1889 à 1904, année de sa mort, il crée des verreries exceptionnelles à la fois par la complexité des techniques mises en œuvre, par leurs qualités esthétiques et par le sens symbolique qu’il donne à ses créations. Grâce aux notices remises au jury des expositions de 1884 et 1889 à Paris, nous connaissons les techniques mises en œuvre par Gallé dans les premières années de sa carrière de maître verrier. Nous pouvons suivre l’évolution de la palette des émaux au moyen de la notice de 1884 et à l’aide de plusieurs pièces qu’il a lui-même décrites et dont beaucoup se trouvent maintenant au musée des Arts décoratifs de Paris.

Alors que les recherches menées à Meisenthal par Gallé de 1878 à 1884 avaient surtout porté sur la décoration externe et plus particulièrement sur l'émaillage et la peinture à l’or, celles menées de 1884 à 1889 ont principalement trait à la masse même du cristal. D'innombrables essais sont tentés pour modifier la couleur du cristal et reproduire la plupart des gemmes naturels : quartz enfumé, quartz améthyste, agate, agate nuagée, moussue ou arborisée, porphyre, hyalite, rubis, ambre gris, albâtre, jade, onyx, agate-onyx. Ces verres ou cristaux reproduisant les couleurs des minéraux naturels sont obtenus par incorporation d'oxydes ou des sels métalliques dans le cristal en fusion.

Emile Gallé va devenir célèbre par une technique mise au point en 1889 à Meisenthal, puis développée de 1894 à 1904 à Nancy, la marqueterie de verre, pour laquelle il prend un brevet en 1898. Cette technique est clairement décrite par Emile Gallé dans la notice de l’Exposition universelle de 1889.

En 1898, Gallé prendra un autre brevet sur la technique dite de patine sur verre. Emile Gallé utilisera d’autres techniques comme les inclusions de feuilles d’or ou de platine ou des applications des sels métallique, spécialement des sels d’argent ou de cuivre, sur la surface du verre chaud (cémentation à l’argent ou au cuivre). Il les utilisera souvent simultanément, créant ainsi les plus grands chefs-d’œuvre de l’histoire du verre.

Il est aussi un industriel d’art qui souhaite mettre à disposition du plus grand nombre des œuvres moins coûteuses que ses chefs-d’œuvre, mais, cependant, aux qualités esthétiques indiscutables. Emile Gallé se qualifie lui-même de vulgarisateur d’art. De son vivant, Émile Gallé suscite l’admiration et séduit un large public.

En dehors des aspects techniques, qu’il maîtrise admirablement, Emile Gallé donne un sens souvent symbolique à ses œuvres. Il élabore un nouveau langage décoratif, des formes nouvelles, une nouvelle approche du beau, autrement dit un Art nouveau. Le travail du verre n’est plus alors seulement un art décoratif, un art mineur, il est Art. Le souffle de l’esprit s’associe à celui du verrier et métamorphose la matière. Jamais avant Gallé le travail du verre n’avait atteint de tels sommets. Pour Emile Gallé, le verre est le moyen d’exprimer ses émotions. L’amour est le thème qui revient le plus souvent dans ses oeuvres. Emile Gallé célèbre l’amour charnel, l’amour du beau, l’amour de la nature, l’amour des autres, l’amour des idées. Il est fasciné par la nuit qui évoque la mort mais aussi le repos ou l’amour et plus peut-être encore par l’aurore qui est le symbole de l’éternel renouveau de la vie. L’hiver et le printemps relèvent du même symbolisme. Les arbres et la forêt l’ont maintes fois inspiré. Sa devise n’est-elle pas : Ma racine est au fond des bois. Nombreuses aussi sont les oeuvres se rapportant aux lieux humides, aux étangs, ou à la faune et la flore qui les peuplent. Les mystères de la vie et de la mer, chantés par Baudelaire, ont aussi trouvé un écho particulier chez Emile Gallé. Emile Gallé éprouve une irrésistible attirance pour les milieux marins qui sont fréquemment présents dans son oeuvre de verre. L’aboutissement de l’évolution est l’homme. Tous les hommes sont égaux ; ils sont les fils d’un même Père. Au nom de ce principe, au nom de la justice et de la liberté, au nom du droit des peuples à disposer d’eux mêmes, Emile Gallé, par ses oeuvres de verre et par les citations qu’il y fait graver, apporte son soutien aux victimes de l’injustice, de la guerre et des génocides.

Par son oeuvre de verre, Emile Gallé a créé un mouvement artistique entièrement nouveau à la fois raffiné et accessible au plus grand nombre. Il y exprime les sentiments les plus profonds en se référant souvent à la nature qu’il considère comme un temple et qui devient progressivement sa source presque exclusive d’inspiration. Il met son art au service de tous les hommes et rêve d’un monde nouveau où règnent la paix et la justice. Par les formes, la lumière et les couleurs, nées de l’alliance du feu et l’esprit, il a inscrit dans la matière l’émotion de la vie. En cela il est inégalable.

C’est en France et surtout à Nancy que son influence a été la plus forte. Il suscite dans sa ville natale des émules comme les frères Daum qui vont continuer à produire des verreries art nouveau jusqu’au déclenchement de la première guerre mondiale.

La saga des Daum débute lorsqu’un notaire de Bitche, Jean Daum, ayant fui l’annexion de la Moselle après la défaite de 1870 achète une verrerie industrielle de Nancy, la verrerie Sainte-Catherine. Ses fils, Auguste et Antonin, décident de se lancer dans la verrerie artistique et adoptent rapidement le style Art nouveau que Gallé a développé. De 1890 à 1914, les frères Daum vont mettre en œuvre toutes les techniques verrières connues et en inventeront de nouvelles. Pas moins de 3000 modèles différents seront produits pendant cette période, du plus humble au plus sophistiqué. Les verreries Art nouveau des frères Daum se reconnaissent entre toutes, à la fois par les techniques utilisées et leur style. Beaucoup, font partie des plus grands chefs-d’œuvre de l’histoire du verre.

Les frères Daum ont employé plusieurs des plus grands noms du verre Art nouveau.

Jacques Gruber (1870-1936) a débuté à l’école municipale des beaux-arts de Nancy, puis suit l’enseignement de Gustave Moreau à Paris. De retour à Nancy en 1893, il enseigne à l’Ecole des beaux-arts de Nancy tout en travaillant pour les frères Daum en tant que créateur de modèle. En 1897, il lance sa propre entreprise et devient, avec Louis-Comfort Tiffany à New York, un des plus grands créateurs de vitraux Art nouveau. Jacques Gruber s’est aussi intéressé à d’autres matériaux comme le bois et le cuivre. Il quitte Nancy pour Paris en 1920 et adopte l’Art déco.

Victor Amalric Walter (1870-1959), élève à la Manufacture de Sèvres, avant de développer sa propre entreprise met en œuvre chez les frères Daum la technique de la pâte de verre avec des modèles imaginés par Henri Bergé (1870-1937), dessinateur en chef chez Daum. Henri Bergé a été l’élève de Jules Larcher à l’école municipale des beaux-arts de Nancy. Il prend la succession de Jacques Gruber chez les Frères Daum en 1897. Comme auteur de nombreux dessins préparatoires de verreries et comme responsable de la formation des apprentis dans il a marqué de son empreinte le style Daum jusqu’en 1914. Il est aussi le concepteur des vitraux de la brasserie de Malzéville, le Petit Trianon.

Charles Schneider (1881-1953), né à Château-Thierry, a d’abord été employé chez les frères Daum. Après la Première guerre mondiale, Charles Schneider crée sa propre firme avec son frère Ernest et s’oriente vers l’Art Déco.

Paul Nicolas (1875-1952), dessinateur chez Gallé, s’établit à son compte en septembre 1919,avec trois autres artistes de chez Gallé, Pierre Mercier, Emile Villermaux et Eugène Henri Windeck. Il produit à contre-courant des goûts de l’époque, des verreries Art nouveau, proche des séries industrielles des Etablissements Gallé, toujours en activité. Les blancs sont produits à Saint-Louis, alors que la gravure à l’acide est exécutée à Nancy. Son atelier, situé rue de la République à Nancy, compte jusqu’à 14 décorateurs. La production est écoulée sous le nom d’Argental. Elle est parfois signée Paul Nicolas ou Saint-Louis ou Nicolas-Mercier. De 1930 à 1939, il continue seul à produire des verreries artistiques.

Irénée Jacquemard (1870 - ) exerce d’abord comme graveur sur verre à Paris, où il habite au 237 rue du Faubourg Saint-Martin. Il quitte Paris pour Hennezel dans les Vosges, puis s’installe à Nancy au 93 avenue de la Garenne. Deux de ses fils, Gaston-Paul et René-Henri-Charles travaillent comme verriers aux Etablissements Gallé. Gaston Paul Jacquemard travaillera ensuite dans l’entreprise de Paul Nicolas. Il produira aussi sous son propre nom des verreries gravées à la roue. Gaston Paul Jacquemard grave parfois sur ses oeuvres des citations déjà utilisées par Emile Gallé.

La verrerie André Delatte produira aussi entre les deux guerres mondiales des verreries Art nouveau tardives à Nancy, puis s’orienteront vers l’Art Déco.

A Croismare et Lunéville, les frères Muller mettent en œuvre la plupart les techniques imaginées par Gallé, tout en créant un style de verreries Art nouveau qui leur est propre. Plusieurs des frères Muller travaillent à Nancy chez Gallé de 1894 à 1897. Ils quittent Gallé en 1897 et fondent leur propre firme à Lunéville Croismare, près de Nancy. Ils ont été, pendant près de quarante ans, des verriers particulièrement productifs, couvrant à la fois, comme les frères Daum, la période Art nouveau et la période Art Déco. Ils ont débuté en 1897 par un modeste atelier de décoration sur verre pour se retrouver à la tête d’un ensemble industriel à Lunéville Croismare employant près de 300 personnes, qui s’est effondré en 1936. Si l’énorme production qui en a résulté est bien connue sur le marché de l’Art, peu de documents fiables relatent cette aventure. Les décors des Muller sont le plus souvent gravés en camée à l’acide, mais l’émaillage et diverses techniques complexes, comme la marqueterie, peuvent être utilisées. La gravure à la roue et la cémentation à l’argent ou au cuivre a été particulièrement bien maîtrisée par les frères Muller.

En 1894, à Meisenthal alors en territoire annexé par l’Allemagne, Antoine Mathieu Burgun, après la construction de la verrerie Gallé à Nancy, décide de produire pour le compte de la Société Burgun, Schverer et Cie, des verreries artistiques de style Art nouveau ; Désiré Christian, le collaborateur de Gallé à Meisenthal, devient le responsable de cette fabrication artistique autonome. Eugène Kremer est plus particulièrement chargé de l'élaboration des modèles et de la réalisation de nouvelles compositions d'émaux, alors que Désiré Christian a la responsabilité générale de la fabrication.

Les premières pièces produites sous le nom de Burgun, Schverer & Co se caractérisent par la mise en oeuvre de divers procédés techniques. Ce sont des pièces à décor floral émaillé sur fond blanc ou translucide, des pièces multicouches gravées à la roue, des pièces à décor mythologique et plus particulièrement à décor de paon, gravé à la pointe et rehaussé d'or et d'émail sur cristal brun à inclusions métalliques.

En 1895 ou 1896, Antoine Mathieu Burgun fait apposer sur ses verreries Art nouveau une autre marque : Verrerie d'Art de Lorraine, Burgun, Schverer & Cie. En dehors des décors à motifs mythologiques, la technique du décor floral en camée et à émail intercalaire est caractéristique d’une autre partie de la production artistique de la société Burgun, Schverer & Cie, puis des Verreries d'Art de Lorraine. Elle a été présentée pour la première fois en 1895, à l'occasion de l'exposition de Strasbourg. Un brevet, intitulé Verfahren zur Herstellung von bemalten Hohlglasgegenständen/Patentirt im Deutschen Reiche vom 21. Februar 1896 ab. est enregistré par la société Burgun, Schverer & C° à Berlin au Kaiserliche Patentamt sous le numéro 92709. Ce brevet est enregistré un peu plus tard à Paris, le 13 mars 1897, pour une durée de quinze ans. Il est déposé au Ministère français du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes sous le numéro 2652, avec l’intitulé “Procédé pour la décoration d’objets en verre creux.

Lorsqu’en 1897-1898, Désiré Christian quitte la Société Burgun, Schverer & Cie, pour créer sa propre entreprise, c’est Eugène Kremer qui lui succède à la tête des Verreries d’Art de Lorraine. Les pièces décorées en camée et à l’émail intercalaire pour le compte des Verreries d’Art de Lorraine sont alors toutes exécutées sous la responsabilité d’Eugène Kremer.

A partir de 1903, l'atelier des Verreries d'Art de Lorraine, fonctionne de manière très ralentie puis s’arrête progressivement. Après cette date, il semble que seules des pièces de prestige, comme les verres d'apparat, aient été produites sur commande. Le dernier verre d'apparat connu a été exécuté le 22 septembre 1907.

En 1898, après un séjour à Nancy puis à Vallérysthal, Désiré Christian crée son propre atelier de décoration à Meisenthal. Il s'associe à son frère François, à sa fille Marie Augustine et à son fils Armand. L'atelier, installé route de Soucht, s’approvisionne en « blancs » à Meisenthal et à Saint-Louis-les-Bitche.

A partir de 1898, la cristallerie de Saint-Louis-les-Bitche produit des pièces Art nouveau pour Désiré Christian, son frère François et son fils Armand. Elle renouvelle cette expérience à partir de 1919 avec le nancéien Paul Nicolas et co-produit des pièces signées d’Argental. Il semble que des œuvres signées d’Argental (vallée de l’argent ou Müntzthal, la vallée où est établie la verrerie de Saint-Louis) aient été déjà produites entre 1900 et 1914.

Dès 1878, la cristallerie de Baccarat produit aussi des pièces Art nouveau, mais en faible quantité , le plus souvent en cristal incolore, parfois doublé, gravé en camée à l’acide avec un fond finement structuré ; le décor est parfois rehaussé à l’or.

Après son succès international en 1889, l’influence de Gallé commence à se faire sentir dans d’autres pays européens comme l’Allemagne, la Belgique, la Bohème, la Russie et la Suède avec un certain retard, juste avant les expositions universelles de Bruxelles en 1897 ou de Paris en 1900. En général les successeurs de Gallé se sont bornés à utiliser ses idées techniques et ses idées sur la valeur décorative des motifs végétaux. En apportant leur propre imagination et leur propres capacités techniques, souvent limitées par la rentabilité, ils sont arrivés à des résultats artistiques différents.

Si nous prenons l’exemple de la Grande-Bretagne et de l’Italie, on n’y trouve pas d’influence de l’art de Gallé. Ce fait peut s’expliquer par la grande et ancienne réputation de leur verrerie de luxe. Ces verreries italiennes ou anglaises ont eu beaucoup de succès et ont parfois servi de modèle à Gallé lors de ses débuts.

Il y a cependant une exception en Italie, celle de Hans Stoltenberg-Lerche, fils d’un peintre norvégien et d’une mère allemande, ayant fait ses études à Paris. Entre 1894 et 1905, il participe aux expositions de divers salons internationaux. Il réalise ses verreries avec Fratelli Toso à Murano entre 1911 et 1920. Ces verreries peuvent être considérées comme des variations très libres des dernières œuvres d’Emile Gallé. Hans Stoltenberg-Lerche a privilégié le modelage à chaud et la marqueterie de verre.

Juste avant l’exposition universelle de Bruxelles en 1897, Léon Ledru, le directeur artistique des Cristalleries du Val Saint-Lambert en Belgique, a commencé à collaborer avec les artistes belges de l’Art Nouveau, Philippe Wolfers, Victor Horta et Henri van de Velde. Une influence de Gallé se retrouve chez Wolfers et Ledru, même si on reconnaît en même temps une affinité avec les artistes parisiens Ernest Léveillé et Eugène Michel. Entre 1905 et 1908, les frères Muller, Jean-Désiré et Eugène, exécutent au Val Saint Lambert beaucoup de modèles de verreries, en couches colorées, gravées à l’acide et traitées par cémentation à l’argent. La manufacture de Val Saint-Lambert a également produit des séries selon Gallé jusqu’à la fin des années vingt.

En Russie, entre 1900 et 1914, deux verreries se sont inspirées des œuvres de Gallé gravées à l’acide et à la roue. Il s’agit de la verrerie impériale de Saint-Petersbourg et de la verrerie de Gus. La manufacture impériale, connue pour la qualité élevée de sa gravure à la roue depuis la première moitié du 19ème siècle, avait déjà commencé en 1896 à s’orienter vers la verrerie française, en s’inspirant d’abord des artistes parisiens Léveillé et Michel.

En Bohème et ensuite en Allemagne, l’exposition de 1897 des verreries de Louis Comfort Tiffany au musée de Reichenberg entraîne une vaste production de verreries irisées et un engouement pour le style Art Nouveau.

A la verrerie Gräflich Harrachsche Glashütte à Neuwelt lès Harrachsdorf, les décors floraux en relief sont réalisés, juste avant 1900, par gravure à l’acide sur des couches de couleurs superposées.

Les motifs floraux sont aussi exécutés sur des surfaces irisées, en émaux plats ou en relief, rehaussés d’or.

Entre 1900 et 1905, des décors floraux mats, en intaille, sont réalisés dans la célèbre cristallerie Ludwig Moser & Söhne à Meierhöfen lès Karlsbad. La série Florida, créée vers 1904, est réalisée suivant une variante de la technique de la marqueterie de verre d’Emile Gallé. A l’Exposition Universelle de Paris en 1900, Moser avait déjà présenté cette version de marqueterie, mais non gravée.

Mais l’influence de Gallé en Bohème se fait surtout par l’intermédiaire de sa production industrielle en couches doublées, gravées à l’acide. La verrerie Josef Riedel à Polaun a exposé ses premiers décors gravés à l’acide selon la méthode de Kessler en 1900 à Paris. Ils présentent aussi des similarités avec les produits des Cristalleries de Baccarat ou de Saint-Louis.

La manufacture Josef Rindskopf’s Söhne à Teplitz-Schönau expose à Paris en 1900 des verreries opaques marbrées à motifs végétaux gravés à l’acide et à la roue, appelées Diluvium-Glas. Ces verreries sont aussi traitées par cémentation de l’argent, technique bien connue en Bohème depuis 1818. Entre 1903 et 1910, l’atelier de décoration sur verre Carl Goldberg à Haida, connu pour sa perfection technique, s’est aussi consacré à la gravure à l’acide. En 1905, la verrerie Wilhelm Kralik à Eleonorenhain se fait connaître par ses verres irisés. Cette manufacture travaillera à l’acide pendant les années vingt et utilisera une variante de la marqueterie de verre entre 1925 et 1930.

La célèbre manufacture Johann Lötz Witwe à Klostermühle, qui a obtenu un Grand Prix à l’Exposition Universelle de 1889, était très réputée pour ses verres irisés. Entre 1909 et 1911, sous la direction artistique d’Adolf Beckert (1884-1929), elle créa beaucoup de modèles à décors végétaux, inspirés des séries de Gallé.

Chez Lötz, il y a encore des séries tardives entre 1922 et 1925, parfois signées Richard ou Veles . Elles sont proches des produits des Etablissement Gallé de la même époque.

La firme Beckmann & Weis à Mügeln lès Dresde a produit des verreries très proches entre 1910 et 1920, comme la grande verrerie Vereinigte Lausitzer Glaswerke à Weißwasser. Entre 1918 et 1929, cette dernière avait un atelier placé sous la direction de Nicolas Rigot et où travaillaient d’autres anciens ouvriers de la Cristallerie de Saint Louis. Cet atelier produisait des séries selon Gallé sous la marque Arsale.

Avant 1900, une manufacture bavaroise Glashüttenwerke Buchenau, Ferdinand von Poschinger a développé trois séries de luxe d’après Gallé en plus de sa fabrication de verres irisés. En 1899 la manufacture a collaboré avec deux peintres allemands pour améliorer la qualité artistique de la production. Une petite série en marqueterie irisée a d’abord été expérimentée. Une seconde à décors floraux sur verre irisé a ensuite vu le jour ; à partir de 1902 , une troisième série à décors floraux gravés à l’acide et à la roue sur verre multicouches a été mis en oeuvre.

La décoration sur verres irisés se rencontre aussi à la verrerie Fritz Heckert à Petersdorf en Silésie autour de 1900. Vers 1905, cette verrerie reprend la technique de la gravure à l’acide.

En Suède, la verrerie Kosta Glasbruk produisit, à partir de 1898, les premières verreries de luxe influencées par Gallé. A l’Exposition Universelle de Paris en 1900, elle reçut une médaille d’or. Le premier artiste responsable de ces décors, Gunnarson Wennerberg, travailla chez Kosta jusqu’en 1902. Il fut suivi de Karl Lindeberg en 1907. La production de verreries aux décors végétaux dura jusqu’en 1918.

La firme Reijmyre Glasbruk suivit l’initiative de Kosta. Sa production selon Gallé dura de 1901 à 1914. Les premiers vases en marqueterie, créés par Betzy Ählström et Anna Boberg, furent exposés en 1902 à Turin. A partir de 1903, Reijmyre engagea d’anciens collaborateurs artistiques de Kosta, ce qui explique la ressemblance des séries aux décors gravés à l’acide et à la roue.

En 1914, la firme Orrefors Glasbruk décide aussi de lancer une production de verreries de luxe Art nouveau. Jusqu’en 1917 le jeune artiste Fritz Blomqvist y dessina des pièces uniques avec un style artistique qui se distingue bien de celui de Gallé ou des produits de Kosta ou de Reijmyre.

Jusqu’à la fin de la Grande Guerre, l’influence de l’art d’Emile Gallé fut plus ou moins important dans la plupart des verreries européennes réputées. Après la seconde guerre mondiale, en France, en Allemagne, en Belgique et en Bohème, des verreries de style Art nouveau ont continué à être produites. Seuls, les décors floraux gravés industriellement à l’acide se sont perpétrés pendant cette période. Ils étaient à cent lieues de l’art de Gallé et ses techniques verrières sophistiquées.

Aux Etats-Unis, le verre Art nouveau se confond avec l’œuvre de Louis-Comfort Tiffany. Louis Comfort Tiffany est le fils du créateur d’une société d'orfèvrerie et de joaillerie de New York, Tiffany and Co. Louis Comfort Tiffany débute comme peintre et décorateur d'intérieur. En 1893, il crée une verrerie artistique produisant des vitraux, des lampes et des vases d’inspiration nouvelle, souvent proche de la nature. Il cherche à retrouver les reflets irisés des verres antiques et crée le verre dit favrile à l’aspect lustré et aux formes héritées de celle des fleurs. Il passe maître dans l’art du vitrail et des luminaires réalisés avec la technique des vitraux. Mais on reconnaît l’influence de Gallé dans plusieurs de ses séries entre 1896 et 1906, soit aux décors floraux gravés à la roue, soit aux « marqueteries » florales sur verres irisés dont une variante est appelée décor « paperweight ».