Jardin de Cristal

Quand des villages se forment autour des verreries

Auteur(s) : Véronique Brumm

Après un XVIIe siècle marqué par la Guerre de Trente Ans et les guerres de Succession, le retour à la paix favorise le développement économique de la Lorraine et le secteur du verre connaît un nouvel essor. De nombreux établissements sont fondés, dont certains accèderont à la notoriété et contribueront à la renommée de la verrerie lorraine. Citons ainsi Meisenthal en 1702, Portieux en 1705, Plaine-de-Walsch qui donnera naissance à Vallérysthal en 1707, Saint-Quirin en 1737, Baccarat en 1764, Vannes-le-Châtel en 1765 et Saint-Louis en 1767.
Au XVIIIe siècle, les verreries qui, jusque là, étaient dites portatives ou volantes parce qu'elles se déplaçaient en fonction des concessions de bois se sédentarisent. Progressivement, les hameaux verriers se transforment en villages. La plupart d'entre eux sont des villages dits en tas en raison de la volonté des maîtres-verriers de ne pas habiter trop loin de leur établissement d'une part, les verriers, souvent ouvriers-paysans, cherchant à adapter leur espace de vie aux activités agricoles et pastorales d'autre part.
L'organisation des verreries évolue elle aussi de façon notable. Au début du siècle, les maîtres-verriers mutualisent généralement leurs moyens pour construire un four, mais conservent une certaine indépendance par rapport au travail proprement dit. Avec le temps, une hiérarchie s'instaure, marquant une séparation bien nette entre direction et ouvriers. A la fin du siècle, si les établissements sont toujours dirigés par des spécialistes de l'art du verre, le financement est de plus en plus souvent assuré par des notables.
La plupart des verreries ont une production variée et fabriquent non seulement de la gobeleterie mais aussi du verre plat, parfois également des bouteilles et des verres de montre. Avec le temps, la gobeleterie tend toutefois à devenir prépondérante, les verres devenant progressivement des ornements habituels des tables nobles et bourgeoises et leur taille ainsi que leur forme variant en fonction du contenu qu'ils sont destinés à recevoir. Nombre d'établissements verriers tentent par ailleurs d'imiter le flint-glass, autrement dit le cristal, mis au point par l'anglais Ravenscroft en 1674. Saint-Louis y parvient dès 1781.