Jardin de Cristal

Le XIXe siècle : l'âge d'or

Auteur(s) : Véronique Brumm

Le XIXe siècle, siècle de la révolution industrielle, marque le secteur du verre par l'importance des progrès permettant l'organisation de productions massives. Les verriers renoncent en partie à leur empirisme et demandent à la science les moyens qui leur manquaient jusque là. La chimie et la technique vont jouer un rôle déterminant dans cette progression.
Si dans les domaines de la bouteillerie et du verre plat les avancées sont considérables, elles n'en sont pas moins nombreuses dans celui de la gobeleterie. Parmi elles, citons deux inventions majeures destinées à remplacer le souffle du verrier : la pompe Robinet, du nom du verrier qui l'a mise au point à Baccarat en 1824, permet d'insuffler de l'air compressé dans la paraison ; le moulage par pression qui se répand quelques années plus tard consiste à utiliser un noyau plein en métal pour chasser la matière en fusion sur les parois du moule pour y imprimer des motifs. Imitant les modèles en cristal taillé, mais moins onéreux, les produits ainsi réalisés remportent un vif succès.
Parallèlement, les ateliers de taille et de gravure se développent eux aussi. En 1824 par exemple, Baccarat fait construire une nouvelle taillerie pouvant contenir une centaine de tours mus par la force hydraulique. En 1855, Saint-Louis compte quatre tailleries contenant cinq cent tours actionnés par six machines à vapeur d'une force de quatre-vingts chevaux. Plus tard le procédé de la gravure à l'acide sera mis au point. Il représente pour certains produits une alternative moins chère que la gravure à la roue, sans pour autant mettre fin à cette technique qui continue d'être utilisée pour réaliser des décors sophistiqués.
Au niveau du verre lui-même, d'importants efforts sont faits pour améliorer la qualité du verre blanc. Les verres teintés dans la masse ou peints sont également très appréciés. Les verreries lorraines jouent un rôle déterminant dans le développement de ces techniques en particulier celle de Plaine-de-Walsch. Cette verrerie met non seulement au point un procédé d'émaillage en couleurs vitrifiables peintes sur le verre et fixées par recuisson, mais aussi celui du doublage du verre. Cette technique consistant à recouvrir une première couche de cristal, généralement transparente, par une seconde colorée permet des jeux de couleurs grâce à la taille.

Le génie inventif des verriers leur permet de mettre au point une palette de couleurs délicates et variées et de développer la production de pièces de fantaisie et de décoration : vases, urnes, baguiers… C'est également à cette période que les verreries lorraines vont produire leurs premières filigranées et que Saint-Louis et Baccarat vont fabriquer des boules presse-papiers. Les millefiori, réalisés à partir de petits tubes de toutes les couleurs et de toutes les formes, produisent l'effet d'une multitude de fleurs tandis que les sulfures renferment un camé.
Ce bouillonnement créatif et les progrès techniques considérables que connaît l'industrie du verre sont stimulés par le développement économique général qui permet à la bourgeoisie d'acquérir des objets de qualité pour meubler ses somptueuses demeures ou ses luxueux appartements.

Dans ce contexte économique favorable, les verreries et cristalleries prennent également conscience de la nécessité de se faire connaître et reconnaître. Les Expositions des Produits de l'Industrie puis les Expositions universelles qui se succèdent tout au long du siècle leur en offrent l'opportunité. Les cristalleries n'hésitent pas à créer des pièces spécialement pour ces occasions, l'objectif étant de se distinguer par la beauté du décor, le caractère monumental ou encore la qualité des savoir-faire. Ces expositions sont également l'occasion de transmettre des informations à caractère plus économique ou plus social et, par exemple, de mettre en valeur leur politique paternaliste qui les conduit à construire des logements pour les ouvriers, à créer des caisses de retraite et de secours mutuel. Politique de mise en exposition à double tranchant toutefois, car si elles mettent les grandes manufactures sous les feux des projecteurs, ouvertes au monde et à la nouveauté, les Expositions universelles permettront bientôt aux tenants d'un art nouveau de faire éclater leur talent.