Gérald Vatrin54000 NancyTél : 06 87 84 85 89 gvatrin@hotmail.com Les dernières pièces de Gérald Vatrin sont précieuses et précaires, microcosmes de verre richement ciselés en savantes dentelles, en broderies étourdissantes, fruits de silice ajourée, sublimée, menacée. Son travail semble tenir du textile, et du plus opulent - damas, soierie - ou du papier, le plus ouvragé - estampé, gaufré, grenu. La gravure envahit les surfaces de motifs floraux foisonnants, comme brodés à vif dans la couleur, à petits points lumineux, puis elle troue brusquement la pièce d’ombres découpées, négatif du motif floral qui s’évanouit en creux dans le vide, dans la disparition de la matière. Ce contraste, sous-tendu par une forte prise de risque technique, dramatise la beauté du verre décoré-dévoré. L’itinéraire de Gérald mêle l’aventure personnelle, les voyages vers l’Afrique, l’Australie, à la formation la plus solide et la plus complète. Ce jeune créateur a suivi de 1997 à 1999 une formation de compagnon verrier au CERFAV, après avoir déjà reçu un enseignement solide du dessin à l’Ecole des Beaux-Arts d’Epinal. De 1999 à 2002, il a multiplié les expériences d’assistant chez des maîtres comme Philippe Baldwin et Monica Guggisberg. Dès 1997, un premier stage au CIRVA lui ouvre les portes de cet établissement expérimental, laboratoire de la création verrière la plus visionnaire. Il y assiste à partir de 2001 des plasticiens dont la fréquentation lui révèle divers imaginaires, des pratiques inventives, des concepts novateurs. Ces collaborations lui offrent des expériences exceptionnelles et l’ouverture sur un au-delà du verre. Avec Erik Dietmann, il noue des liens intimes, soufflant et modelant ses pièces dionysiaques et tonitruantes à l’humour ravageur, participant à la mise en place de son exposition au musée des Beaux-Arts de Nancy. Il rencontre Gaetano Pesce dont la perspicacité et le questionnement l’impressionnent, Ettore Sottsas qui le subjugue par sa qualité de réflexion, son savoir comme évidence : "Il sait.", Tunga et sa propension au délire fertile. Il cite également Jean-Michel Othoniel avec lequel il a collaboré. Toutes ces rencontres ont été stimulantes, même celles qui n’ont pas débouché sur une concrétisation des projets. Il en est ainsi de la démarche sculpturale d’Anish Kapoor qui le touche profondément par sa force subtile, mais dont le concept initial n’a pas pu aboutir à l’œuvre de verre pensée, murie, espérée. Ses premières pièces en forme de calebasses, présentées sur des socles de paille, portaient la marque de l’Afrique, un univers familier que le jeune verrier porte en lui. Souvenirs transmis dès l’enfance par une grand’mère, nostalgique d’une terre puissante où Gérald éprouve la nécessité de retourner régulièrement pour y puiser du vital. Ces vases aux larges corolles en verre doublé étaient gravés d’un décor battuto-inciso rehaussé de peinture à l’émail. Puis les graphismes ont pris de l’ampleur et les lignes de force ont prolongé le geste précis du graveur, structurant par leur dessin des formes simples, épurées, classiques. Une pièce brune de 2004 semble, par son décor, enserrée dans la résille d’un filet de pêche arachnéen, rapiécé, ravaudé : un chef d’œuvre de gravure déjà, car au goût du soufflage à main levée s’ajoute de plus en plus chez l’artiste cet attachement au décor, donc à la taille, à la gravure. Après cette expérience il élabore une forme de base asymétrique, désaxée, sans référence fonctionnelle. En 2005 il remplace l’émaillage à froid des débuts par un saupoudrage de poudres à chaud, conférant à la surface de ses pièces un grain particulier . Cette forme initiale jouera le rôle de toile neutre devenant le support de décors all-over, de plus en plus complexes, mêlant graphismes ethniques, évoquant les tapis Kasaï, et présence animalière insolite, comme ces araignées prises au piège d’un labyrinthe de verre. Mireille Mazet |
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