Jardin de Cristal

Aristide Colotte, sculpteur sur cristal

Auteur(s) : Mireille Mazet


vase, 1926-1930, collection privée Aristide Colotte fut un grand verrier nancéien, Aristide Colotte fut un grand verrier des années 30, Aristide Colotte est un grand verrier méconnu.
Nombre d’ouvrages consacrés l’histoire du Verre évoquent dans des lignes élogieuses sa position singulière, originale et audacieuse, mais ses choix politiques désastreux ont jeté sur l’homme, et donc sur l’œuvre, un discrédit durable. Accusé de collaboration en 1945 et condamné, il ne parvint jamais à réintégrer sa place sur le devant de la scène artistique.
Parallèlement à son travail majeur de maître-verrier, Colotte a exercé une activité féconde de graveur sur métaux et d’orfèvre. Ce double parcours artistique fut fondamental :grâce à lui, Colotte s’est trouvé en mesure d’opérer une synthèse créatrice entre deux modes d’expression voisins et d’inventer une technique dite de « sculpture sur verre et sur cristal » . Ses bijoux d’inspiration Art Déco reflètent une autre facette de ses talents artistiques ; ils constituent également un pôle intéressant de sa production, même si dans ce domaine Colotte s’est montré moins novateur que dans celui du Verre.


BIOGRAPHIE
Origines-Formation
Michel-Aristide Colotte est un enfant de Baccarat, cité où il voit le jour le 31 août 1885. Son père Jean-Michel est, à cette époque, verrier aux Cristalleries de même que son oncle paternel Jules Colotte. Famille et milieu prédestinent l’enfant à s’intéresser au travail du verre. Le certificat d’études obtenu, vers quatorze ans, il entre en apprentissage aux Cristalleries. Il suit les cours de dessin dispensés par l’école et rapidement, il se spécialise dans le travail à froid du cristal pour devenir graveur.
En 1909 il est présent à l’Exposition internationale de Nancy, au stand des Cristalleries de Baccarat. C’est là qu’Eugène Corbin le remarque et lui offre de travailler pour ses ateliers d’art appliqué.

Une expérience complémentaire de ciseleur
Nous possédons peu de traces de sa collaboration avec Eugène Corbin durant les cinq années qui précèdent la guerre. A la veille de 1914, il expose à la Société lorraine des Amis des Arts des gravures sur cristal et des monogrammes d’argent.
Mobilisé en 1914, blessé à Morhange, il est alors affecté à la manufacture d’armes de Chatellerault comme ciseleur de gardes et de fourreaux de sabre. Après la guerre, une fois libéré, il exploite conjointement ses deux spécialités professionnelles : la gravure sur métal et la gravure sur verre.

De 1919 à 1924
De retour à Nancy, Aristide Colotte monte en 1920 un atelier personnel de « graveur sur or et tous métaux » ainsi que de « gravure sur verre en tous genres », situé 42 rue Saint-Jean.Fait décisif :il rencontre Henry Bossut jeune peintre-décorateur de talent, élève de Victor Prouvé. Ainsi débute une collaboration fructueuse et amicale qui durera jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale.

De 1924 à 1929
En Novembre 1924 Aristide Colotte obtient le titre de Premier Ouvrier de France dans le domaine de la gravure sur métal, lors de l’Exposition nationale du Travail.
A l’occasion de l’Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925, il présente aux côtés de ses compatriotes lorrains des travaux de bijouterie récompensés par une médaille de bronze. Dans un premier temps, Colotte se fait donc connaître comme un spécialiste du métal. En 1925 il élit domicile au 2 rue Gilbert, à l’angle du 40, rue Saint-Jean, à l’enseigne de la « Maison d’Art ». Il engage son premier ouvrier Victor Guillemot auquel il confie les travaux de gravure sur métal et se libère de cette activité pour mieux se consacrer au travail du cristal qu’il n’a jamais totalement perdu de vue ; 1926 marque une étape charnière. Dès cette date, il expose à Metz des « cristaux sculptés »très remarqués par le critique de l’ « Est Illustré » et désormais c’est en compagnie des verriers qu’il expose ses œuvres aux Salons de la Société lorraine des Amis des Arts : ses verreries côtoient celles de Daum, Nicolas, Delatte.
En 1927 c’est la consécration parisienne au Salon des Artistes Décorateurs .Trois de ses vases sculptés sont distingués et mentionnés par Ernest Tisserand qui, dans l’ « Art Vivant » en souligne l’aspect novateur et sculptural. Cette même année il obtient le titre de Meilleur Ouvrier de France pour la gravure sur cristal. L’année suivante il prend la décision d’utiliser le cristal en blocs bruts, à l’instar de blocs de pierre, en récupérant les « fonds de pot » aux Cristalleries de Nancy ; Désormais sa technique de sculpture sur verre et sur cristal est définitivement établie. Un brevet d’invention déposé en juin 1929 en décrit les différentes phases, illustrées de schémas.

De 1930 à 1939
Entre ces deux dates s’étend une période faste pour l’artiste. Il se lance en 1930 dans la création monumentale en exécutant une « Tête de Christ »taillée dans un bloc de cristal de 250 kilos. Sa participation cette année-là au S.A.D est remarquable. Colotte obtient une médaille d’encouragement à l’art et à l’industrie. La galerie Brandt lui offre une exposition personnelle. Le 23 Août 1930 il est nommé Chevalier de la Légion d’honneur en tant que graveur décorateur à Nancy. Son atelier florissant emploie plusieurs ouvriers. Selon leurs compétences ces derniers sont spécialisés dans la ciselure du métal ou dans la taille du cristal. En 1931, il participe à l’Exposition Coloniale Internationale, Porte de Vincennes. Sa notoriété lui vaut des commandes particulières prestigieuses mais parallèlement il poursuit sa production habituelle de bijoux et de monogrammes.
En 1937, il participe activement à l’Exposition Internationale ( un ambitieux projet de fontaine lumineuse ne sera pas réalisé).Poussant ses recherches dans le domaine du colossal, il élabore un projet de statue de verre de 75 m de haut, destinée au port du Havre, sorte de réplique de la statue de la Liberté à New York.
Avant la deuxième guerre mondiale à Nancy, Aristide Colotte fait partie des célébrités locales. Maximilien Gauthier dans un article de L’Art Vivant en 1938, consacré à la ville, évoque la postérité de l’Ecole de Nancy : « Victor prouvé travaille encore, Daum est continué avec bonheur ; Colotte sculpte le cristal …Et des peintres authentiques comme Etienne Cournault, démontrent qu’à notre époque, il n’est pas indispensable, pour construire une œuvre solide, de respirer l’ air de Montparnasse . »

De 1939 à 1947
La guerre est déclarée en 1939. Le régime de Vichy s’installe en Juillet 1940 et dans la Lorraine occupée l’artisan ne tarde pas à prendre un parti hasardeux. Il fréquente les journalistes de l’Echo de Nancy, quotidien qui a pris le relais de l’Est Républicain et qui est sous contrôle de l’occupant. Flatté par ces relations, il va écrire pour ce journal une série désastreuse d’articles d’inspiration pétainiste. Si bien que lorsqu’en 1940 l’Echo de Nancy, le préfet de Meurthe et Moselle et le maire de Nancy décident de lancer une souscription publique pour offrir une épée d’honneur au Maréchal Pétain, c’est naturellement Colotte qui est choisi pour l’exécuter dans un cristal lourdement symbolique.Cette commande officielle et ses prises de position politique tapageuses vont attirer au maître verrier de vives et justifiées inimitiés.
En septembre 1944, se sentant menacé, il s’enfuit outre-Rhin, circonstance aggravante.De retour fin 45, il est incarcéré à la prison Charles III ; « accusé de faits de nature à nuire à la défense nationale » , il comparaît devant la Cour de Justice de Nancy qui le condamne à quatre ans de prison, 10.000 francs d’amende et à la dégradation nationale à vie. Il sort de prison rapidement mais il doit s’éloigner de sa région natale. Il s’exile en Seine et Marne, dans le village du Pin, frappé d’une interdiction d’exposer et de vendre pendant deux ans.

De 1947 à 1959
Vers 1950 il s’installe dans un petit atelier de gravure et de joaillerie et ouvre un magasin de bijouterie à Paris, 27 rue du Louvre. En 1957 il participe à l’exposition « L’Art du Verre » au musée des Arts décoratifs à Paris. Il reprend la roue et le burin pour quelques derniers vases et quelques portraits gravés sur dalles de verre. Ces pièces sont peu nombreuses et pour certaines d’un style désuet dans ces années de renouvellement des arts décoratifs. Il revient au sein de la Société des Artistes français et expose une dernière fois au salon de 1959 des œuvres encore remarquées par la critique . Mais il est déjà gravement affaibli par la maladie et à l’âge de 74 ans, en 1959 Colotte meurt des suites d’une leucémie.


PRODUCTION
La production de Colotte est rare. D’une part elle a été restreinte dans le temps : si Colotte ouvre un atelier de gravure dès 1920, sa carrière réelle de verrier ne démarre qu’aux alentours de 1926 pour se poursuivre d’une manière continue jusqu’en 1939. Après son procès, il ne peut exposer ni vendre ; il ne reprend réellement le travail du verre que vers 1951 et ce, à un rythme irrégulier Il s’agit donc d’une carrière brève, météorique, s’achevant de façon abrupte.
D’autre part Colotte a volontairement fait le choix d’une production élitiste de pièces uniques, longues et complexes à réaliser, en raison de la difficulté technique de son travail dit de « sculpture ».L’élaboration d’un vase ou d’un bloc pouvait durer quelques jours ou quelques mois.
La série n’a guère tenté Colotte : à ses yeux, un objet d’art digne de ce nom ne pouvait être reproduit en plusieurs exemplaires identiques.
Sa production verrière fut en conséquence une production de luxe, qui s’adressait à une clientèle aisée, souvent même fortunée.(bourgeoisie libérale, riches commerçants, industriels importants.)


CLIENTELE
Elle est tout aussi régionale qu’internationale.
Les clients qui désiraient offrir « un Colotte » en guise de cadeau de mariage, pour fêter le départ à la retraite d’un chef dentreprise ou une remise de Légion d’honneur, venaient établir leur choix à la « Maison d’Art », 2 rue Gilbert ou plustard au magasin qui s’ouvre en 1936, 57 rue Saint-Jean.


L’ART DE COLOTTE
Plus que maître-verrier, Colotte s’est voulu « sculpteur sur cristal » selon ses propres termes. Sa démarche artistique passe par le choix d’un matériau exclusif, d’une technique novatrice qui lui est propre et par un choix restreint de formes qui exaltent son travail spécifique. Quant à ses thèmes d’inspiration, ils révèlent un artiste nourri par une tradition mais également bien ancré dans son époque.


MATERIAU
Le cristal est le matériau de prédilection de Colotte. Au début de sa carrière, Colotte grave indifféremment les métaux, le verre et le cristal. Mais peu à peu il voue une exclusive au cristal, matière noble, et plus précisément au cristal incolore. ( quelquefois associé au cristal noir ). S’il lui arrive de travailler le verre, il s’agit de verre incolore également. Le cristal est un matériau de synthèse obtenu à partir de silice, de potasse et d’oxyde de plomb. En raison de sa plasticité, le cristal est plus commode à sculpter que le verre et Colotte le préfère.pour ses qualités esthétiques aussi.
Ce choix relie directement Colotte à ses origines et à sa formation professionnelle : enfant de Baccarat, graveur sur cristaux, il possède une connaissance ancienne et intime de cette belle matière. Un jour il va poser sur ce matériau traditionnel un regard neuf et lui appliquer une technique novatrice.


TECHNIQUE
Colotte décide de sculpter le cristal. Il intervient à froid sur des formes préalablement soufflées sur commande aux Cristalleries de Baccarat ou de Nancy, des « blancs », ou des fonds de pots, blocs de cristal qu’il récupère dans ces manufactures.
A son époque, les procédés de travail à froid traditionnellement en usage pour obtenir un relief sont la taille ou la gravure à la roue, et la gravure à l’acide. Or Colotte va réaliser la synthèse de sa double expérience de graveur sur cristaux et sur métaux pour attaquer le cristal en taille directe, à l’instar du bois ou de la pierre. Pour ce faire il utilise à la fois la roue du tailleur de cristal et le burin du graveur sur métal. Il trace dans le cristal quatre incisions à la roue selon un quadrilatère. Une fois cette zone délimitée et rendue fragile par les interventions successives, il peut en évider la matière au burin, en taille directe, comme un sculpteur. Colotte utilise la roue traditionnelle sur tour fixe, mais également une roue montée sur flexible qui s’apparente à la fraise du dentiste. Cette méthode inédite va conférer son originalité stylistique à son travail si particulier. Elle autorise la possibilité de travailler quasiment en ronde-bosse et d’obtenir des effets de surface spécifiques.


FORMES ET TYPOLOGIE
Sa gamme de formes se singularise par un choix qui favorise des volumes sculpturaux.Dans ce corpus on peut grossièrement distinguer quatre types de pièces : blocs, plaques, vases et coupes.
Certains blocs de cristal permettent à Colotte de réaliser de véritables sculptures et dans cette voie il fait œuvre d’authentique pionnier. Mais ces pièces sont exceptionnelles dans sa production si l’on excepte les petits blocs monogrammés, sans visées vraiment sculpturales.
Les plaques sont des dalles rectangulaires qui prêtent leur surface plane à la mise en œuvre de bas-reliefs. Parfois l’artiste découpe les contours du sujet et modèle au recto les reliefs, en réserve. Parfois la plaque est entièrement gravée au verso en creux, en intaille.
Les vases sont les plus fréquemment représentés dans l’oeuvre de Colotte, revêtant des volumes simples et sobres : formes boule, ovoïde, oblongue, tronconique, cylindrique, fuselée. A ces volumes de base viennent s’adjoindre diverses variantes, pieds ou prises.
Les coupes, relativement rares, offrent des formes nettes et géométriques.
Cette sobriété formelle se prête à une palette de décors imaginative et variée pour laquelle le rôle du décorateur Henry Bossut qui y contribua, en collaboration avec Colotte, reste à évaluer.


THEMES ICONOGRAPHIQUES
Les décors géométriques
Ils apparaissent tôt dans l’œuvre et sont souvent encore associés à des motifs animaliers ou végétaux stylisés dans l’esprit Art déco. Plus tard, le décor géométrique se libère de toute contrainte et s’affirme par sa beauté propre.
Certes les verriers contemporains de Colotte utilisent aussi ce type de décors : Daum ou Marinot par exemple.Mais dans ce domaine, Colotte fait preuve d’une grande inventivité.

Les décors animaliers
Il existe une filiation évidente pour ce type de décor entre Colotte et les verriers de l’Ecole de Nancy.Mais l’artiste prend des libertés avec l’observation de la nature. Ses nombreuses représentations d’oiseaux s’éloignent du modèle vivant pour passer à une dimension stylisée, plus expressive, tendre ou humoristique. Colotte est sensible également à l’air du temps car les animaux sont source d’inspiration banale chez ses confrères, Lalique par exemple.
Certains sujets animaliers sont représentatifs de l’époque au point d’en être devenu des clichés comme l’éléphant, emblème de l’Exposition Coloniale.

Les décors inspirés par l’actualité
Actualité technologique comme l’automobile, ou l’aéronautique, actualité politique.

Les décors d’inspiration sacrée
Colotte était authentiquement croyant et son épouse était fort dévote. Il a fréquemment travaillé pour une clientèle ecclésiastique et a réalisé des objets d’art sacré, calices, patènes, ostensoirs, crosses d’évêques. Dans les années 30 se manifeste un regain de la foi et de l’art sacré comme en témoignent les émaux de François Schmied « Chemin de Croix », les vitraux religieux de Louis Barillet, ou le film de Julien Duvivier « Golgotha » par exemple.

Les décors à figuration humaine
Des baigneuses de style art déco, proches des créations de Lalique et des décors d’inspiration néo-classique : tireur à l’arc, Apollon, pleureuses antiques, athlète à la palestre dans le goût des sculptures de Bourdelle et de ses suiveurs. Ces œuvres témoignent la perméabilité de Colotte aux modes décoratives du temps.

Inspiration « primitiviste »
Ce courant exploré en peinture dès la fin du XIX ème siècle par Gauguin semblerait avoir très ponctuellement influencé le travail du maître-verrier, donnant naissance à l’aspect le plus mystérieux de certains de ses sujets.

Les portraits
Il croque parfois le portrait de célébrités ou de ses proches, dans la postérité d’une tradition très ancienne de la gravure du verre en Europe centrale, perpétuée à la même époque que Colotte en Allemagne par Wilhelm von Eiff.

Les monogrammes
L’utilisation de la lettre à des fins décoratives, proche de l’art des affichistes de l’époque, donne lieu chez Colotte à des décors assez modestes mais élégants que l’on retrouve dans la production de ses bijoux, notamment de ses célèbres chevalières.


CONCLUSION
Aristide Colotte apparaît comme un artiste unique, essentiellement par son approche insolite qui confère à son œuvre verrier sa forte cohérence, son expressivité remarquable et sa puissance esthétique. Toutefois il n’est pas ce verrier isolé et marginal que se plaisent à évoquer certains historiens du verre.
En réalité Colotte se situe dans une riche tradition lorraine du verre : par le choix d’un matériau, le cristal, et par sa technique classique maîtrisée, il reste un héritier des cristalleries de Baccarat ; dans certains de ses thèmes, il perpétue le courant naturaliste et lotharingiste des verriers de l’Ecole de Nancy.
Mais surtout Colotte est un artiste au cœur de son époque. Il partage avec les artistes verriers de son temps le goût de la transparence, l’attrait des formes lourdes et austères, le culte de la géométrie. Perméable aux modes et aux courants esthétiques de sa période, il s’en montre le témoin privilégié. Pour autant il se montre visionnaire, semblant frayer la voie aux artistes verriers des années 80 –90 qui ont exploré le verre en sculpteurs, comme Czeslaw Zuber.
La découverte de son œuvre singulier dévoile tout un pan peu connu de la création verrière en Lorraine dans les années 30, période encore peu étudiée, et pourtant extrêmement féconde. Parallèlement aux manufactures anciennes, Baccarat, Daum, Muller, Delatte, dont la production a connu une évolution esthétique notable, au diapason de l’art déco, des artistes originaux encore ignorés, Bassinot, Nicolas, Houillon ont adopté ou réinventé des moyens d’expression traditionnels ou novateurs, au service d’une création souveraine. Ils mériteraient d’être hissés dans la glorieuse postérité des célèbres maîtres-verriers de l’Ecole de Nancy, eux qui ont su incarner tout autant que leurs prédécesseurs l’esprit d’un lieu et d’une époque.