La coupe aux libellules
Auteur(s) : François Le Tacon
Introduction
La coupe aux libellules, créée en 1904, l'année de la mort de Gallé, est un exceptionnel chef-d’oeuvre, à la fois par la complexité des techniques utilisées, par ses qualités esthétiques et par le symbolisme qui a présidé à son élaboration. Comme l'écrit Françoise-Thérèse Charpentier en 1985 :
Ce n’est pas sans raison que Jules Henrivaux, l’un de ceux qui ont le mieux connu Gallé et que ses compétences de directeur de Saint-Gobain rendaient le plus à même d’apprécier le verrier, a choisi d’illustrer par la coupe à la libellule la citation de la lettre d’adieu reçue le 31 août 1904.
Dès 1903, Emile Gallé, miné par la maladie, savait que le temps lui était compté. Au printemps de cette année, même s’il écrit à Emile Lang fils qu’il va mieux, il lui annonce qu’il a cru venir la fin (Françoise-Thérèse Charpentier, 1987). Il jette toutes les forces qui lui restent pour continuer à déchiffrer les mystères de la vie en essayant de terminer son travail sur la phylogénie des orchidées, commencé 25 ans plus tôt. Il tente aussi de transmettre son âme au verre et d’y imprimer à jamais le sens de la vie. Les plus grands chefs-d’oeuvre de toute l’histoire du verre vont naître du printemps 1903 à la fin de l’été 1904. Il écrit à Emile Lang :
Ce n’est pas une reprise des Verres opaques marquetés de 1900 mais une imitation des pierres fines des bijoutiers, améthystes, cristal de roche blanc et saphir bleu-gris pâle, l’émeraude vert transparent, en forte épaisseur, modelage gros, tailles jolies, limpides gouttes sobres ou un peu voilées dans la masse par des zones si on met du jade.
Au sujet des verreries qui sont envoyées en septembre 1903 au Pavillon de Marsan pour la première exposition de l’Ecole de Nancy à Paris, Emile Gallé écrit :
Je n’ai même pas besoin de les voir. Je les ai assez caressées dans ma pensée et je les connais. (Françoise-Thérèse Charpentier, 1987).
Cette phrase n’est pas sans rappeler les conditions dans lesquelles Ludwig Van Beethoven a créé ses derniers chefs-d’oeuvre. Sourd, il n’a jamais entendu ses dernières symphonies autrement que dans son imagination.
La libellule et son symbolisme dans l’oeuvre de verre de Gallé

La libellule est un des thèmes favoris d'Emile Gallé qui a toujours été fasciné par cet insecte, symbole de l’évolution de la vie et de sa naissance dans les eaux. Ces insectes amphibies, dont le développement passe par une phase aquatique, rappellent, avec les plantes marines, que l’origine de toute vie provient de l’eau. Cette explication du symbolisme de la libellule dans l’oeuvre d’Emile Gallé a été donnée pour la première fois par Georges Barbier-Ludwig en novembre 1990 à propos du vase en faïence aux libellules et au décor marin conservé au Musée de l'Ecole de Nancy (inventaire n° CG 82. 1). Gallé s’intitulera lui-même, en 1889, l’amant des frissonnantes libellules.
L'éphémère a, tout autant que la libellule, inspiré Emile Gallé qui a parfois associé les deux insectes. Le symbolisme en est différent. L'éphémère rappelle que si la vie est belle, elle est aussi fort courte
La libellule est constante dans son oeuvre avec des représentations qui suivent la mise en oeuvre de nouvelles techniques ou de nouveaux matériaux. Sur verre, la première représentation connue de la libellule date des années 1865-1870 (vase tube, Musée du verre et du cristal de Meisenthal, inventaire n°AN 040028).
Le corps de la libellule est en émaux blancs opaques et en émaux translucides bleus. Les ailes antérieures sont en émaux opaques blancs et bleus, alors que les ailes postérieures sont en émaux incolores translucides à bulles appliqués sur des émaux bleus apposés en fines gouttelettes. Les bordures des ailes et les nervures sont figures par un trait à l’or.
Plus tard, en 1889, lorsqu’il maîtrisera la technique du verre multicouche, la représentation de la libellule deviendra plus élaborée. Le Musée des Arts décoratifs de Paris conserve un vase soliflore à la libellule, commandé à l’Exposition universelle de 1889 et livré en 1890 (inventaire n° 5673). Il en existe d’autres exemplaires dont un au Musée de l’Ecole de Nancy (inventaire n° inventaire n° HH 5, ancienne collection Henry Hirsch ).
Une libellule en vol a été admirablement dégagée en camée à la roue sur un cristal noir à double couche. Il est signé en creux sous la pièce : fait par l’amant des frissonnantes libellules. Emile Gallé E ‡ G. Il porte également sur l’une des faces l’inscription Seulette suis/Seulette veux être, citation poétique empruntée à Christine de Pisan. Cette oeuvre a inspiré à Pierre Quillard (1864-1912) le poème Cristal :
Cristal
A Emile Gallé
Noire sur le cristal pâle et gris comme un ciel
D’hiver, la libellule énigmatique déploie
Les ailes dans l’air lourd et pestilentiel.
Ses immobiles yeux sans tristesse et sans joie
Cherchent sinistrement une invisible proie
Et planant sur l’eau verte et morte des marais,
Vers vos calices d’or, de pourpre et de ténèbres,
Elle vole vers vos calices à jamais,
Glauques fleurs qui nagez sur des étangs funèbres
Où se mire le deuil des pins et des cyprès.A mon cher Emile Gallé
En fervente admiration
Et en fervente amitié
Pierre Quillard parle de ténèbres et de deuil. Faut-il voir dans cette atmosphère de tristesse une allusion aux provinces perdues ? Faut-il voir dans cette libellule qui semble chercher sa proie une représentation de l’ennemi qui a plongé la France dans les ténèbres ? La solitude du coeur ne serait-elle pas l’expression d’un sentiment d’abandon après l’annexion de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine ?
Emile Gallé qui s’apprête à quitter le monde des vivants conçoit aussi la libellule de 1904 dans une lourde atmosphère :
Depuis quelques mois, je côtoie si souvent l’extrême bord, semble-t-il, de l’existence, que je regarde le noeud de la mienne comme fait (Lettre d’Emile Gallé à Roger Marx, 4 avril 1904).La libellule de 1904 n’a cependant plus rien de commun avec celle de 1889. Une impression de vie, de légèreté, de transparence et de lumière se dégage de cette libellule. Emile Gallé, l’âme en paix, ne serait-il pas déjà sur l’autre rive ? N’aurait-il pas commencer une rayonnante existence au- delà les souffrances et les obscurités ?Personnellement je me suis détaché de toutes les misères qui m’ont si douloureusement affligé quand j’étais exposant, exposé, industriel, etc. J’espère vous retrouver dans une belle sphère pure où nous jouirons, sans travail, des lois de la lumière, lesquelles nous avons appliquées (Lettre d’Emile Gallé à Jules Henrivaux du 31 août 1904).
La matière, le décor et les techniques mises en œuvre dans la coupe aux libellules de 1904
Le vaisseau, de section ovale ou circulaire, est en cristal blanc translucide marbré. Il est doublé de cristal incolore, puis de cristal blanc laiteux. Le rebord du vaisseau est repris à la meule et festonné à chaud. Les huit échancrures ainsi constituées lui donnent l’apparence d’une corolle de fleur épanouie. La face principale du vaisseau est décorée d’une libellule en vol. Le corps a été entièrement ou partiellement appliqué à chaud. Il est le plus souvent de couleur foncée avec inclusions. Il est toujours repris à la roue, et parfois patiné. Les yeux, en cristal translucide, de couleurs variables, sont appliqués sur des fragments de feuilles d’or. A la lumière, ils émettent des éclats jaunes et verts. Ses ailes sont à décor intercalaire repris à la roue dans le cristal extérieur. Dans onze versions sur quatorze, la libellule principale survole une deuxième libellule à décor intercalaire, dont seul le thorax et les pattes ont été repris à la roue dans le cristal externe. Deux versions présentent une autre libellule sur la face postérieure du vaisseau. Enfin, dans deux versions, les libellules sont associées à des éphémères en vol.
Les techniques mises en œuvre sont multiples : soufflage libre, travail à chaud à la pince, vaisseau à plusieurs couches, marbrures, décor intercalaire, application ou incorporation de feuilles d’or, gravure à la roue, travail à la meule, applications, assemblage à chaud. La mise en œuvre de la technique du soufflage libre, en l’absence de moule, est attestée par les dimensions et les formes variables du vaisseau des différents exemplaires
La technique utilisée pour le décor intercalaire, libellules et éphémères emprisonnées entre deux couches de cristal, est difficile à déterminer. Plusieurs auteurs, dont Georges de Barta, William Warmus et nous-mêmes, ont suggéré pour cette coupe aux libellules la mise en oeuvre de la marqueterie intercalaire. Une étude attentive des différents exemplaires semble montrer que la question est fort complexe. La marqueterie de verre suppose une limite nette entre la matrice et le fragment de verre incorporé dans la masse. Dans le cas des ailes et du corps de la libellule principale, les limites sont toujours nettes. Il s’agit donc bien de marqueterie intercalaire. La surface de cette marqueterie intercalaire n’est cependant pas uniforme et est ponctuée de nombreux dessins. Un examen minutieux montre que ces dessins ont été obtenus par travail à la roue avant glaçure, ce qui suppose un refroidissement complet puis une deuxième montée en température pour la mise en place des deux couches externes de cristal. Cette technique extrêmement difficile à mettre en oeuvre est décrite dans le brevet pour Genre de marqueterie de verres ou cristaux, délivré le 12 août 1898, sous le numéro d’enregistrement 4369.Echantillon n°7 : Les incrustations peuvent rester unies, ou être ciselées, gravées, décorées. Le tout à nu ou sous couverte vitreuse (doublage). Voir les variantes Nos 20 et 20 bis.
Par contre, pour la deuxième libellule et les éphémères, lorsqu’elles existent, il ne semble pas y avoir vraiment de limite bien nette entre le fond et le décor. Nous pensons que la technique mise en oeuvre pour ce décor intercalaire est en réalité une variante des techniques décrites dans le brevet intitulé Genre de décoration dit patine sur cristal et sur verre, délivré le 12 août 1898, sous le numéro d’enregistrement 4370.Les poussières ou cendres provenant du foyer, ou les corpuscules envoyés artificiellement, ou récoltés, déposés sur les outils à parer, s’incrustent dans la masse vitreuse, se répandent régulièrement sur toute la surface de la masse pâteuse exposée à les recevoir, la troublent, la rident, puis se déchirent au travail, et modifient de telle façon cette surface qu’elle produit pour l’oeil l’aspect d’une sorte de tissu, de crêpe, ou de toile d’araignée opaque.Cette patine peut se faire nue ou sous couverte d’une couche de cristal, de sorte que le lit de poussières est emprisonné entre deux verres .... Sur cette patine, on peut faire des réserves décoratives, soit par préservation à chaud des parties devant rester unies, soit par morsure à froid du fond patiné, et cela par tous procédés d gravure, acide fluorhydrique, jet de sable, touret, taille à la meule, sous forme de dessins variés à l’infini. ....Les cristaux et verres peuvent aussi être patinés, souillés, lorsque le verrier, en parant la masse pâteuse, sur une plaque de fonte malpropre y colle les poussières et impuretés que l’atmosphère y a déposées. Les défaut qui en résultent sont graves, et connus sous le nom de pointillage, mousses, etc.. On peut, dans un but décoratif, les reproduire en roulant la masse pâteuse sur un marbre dont l’empoussièrage aura été soigneusement réglé en vue du résultat à obtenir. Les effets pourront en être combinés avec les patines précédentes et tous procédés, doublage, cannelage, décors variés. L’échantillon n° 9 montre ce patinage par empoussièrage d’un marbre au moyen d’une préparation à base de manganèse, recouverte de cristal blanc.
Le décor intercalaire de la deuxième libellule et des éphémères a été obtenu par ce procédé, c’est-à-dire par application sur la paraison d’une préparation au préalable soigneusement disposée sur le marbre. Gallé indique lui-même qu’il pouvait associer ce procédé à la marqueterie de verre.
Le décor intercalaire semble donc bien être constitué par un empoussiérage au préalable savamment disposer sur le marbre avant incorporation dans la paraison par roulage et par une marqueterie de verre appliquée à chaud. Un examen à la loupe montre que la marqueterie des ailes de la libellule principale a été appliquée par-dessus l’empoussiérage de la deuxième libellule.
Dans la plupart des exemplaires, la marqueterie intercalaire des ailes de la libellule principale a été reprise à froid à la roue pour simuler les écailles. L’ensemble a ensuite été recouvert, après réchauffement, par une couche de cristal incolore, puis par une couche de cristal blanc laiteux.
Après un nouveau refroidissement, les ailes de la libellule principale ont été délicatement travaillées à la roue, dans ce cristal externe au-dessus du décor intercalaire déjà ciselé, soit uniquement dans le cristal blanc, soit à la fois dans le cristal blanc et le cristal incolore sous-jacent. La gravure de cette couche externe épouse ou non le décor intercalaire. Il peut exister un décalage plus ou moins important entre le décor emprisonné dans le cristal et la gravure externe. Sur la plupart des exemplaires, un léger décalage permet de régulariser à l’oeil la forme des ailes. Au contraire, dans d’autres, un décalage important entre le décor interne et le décor externe permet de simuler le battement des ailes.
Les différentes versions de la coupe aux libellules peuvent être classées en deux groupes : le groupe à pied muni d’une bague et le groupe à pied sans bague.
Dans les versions à bague, le pied est constitué de quatre éléments assemblés à chaud :
- Un élément supérieur en cristal beige, marbré et travaillé à la meule, supportant le vaisseau.
- Une bague centrale en cristal opaque double couche, avec intérieur violet foncé et extérieur bleu clair. Quatre spirales simples ou avec branches sont gravées en camée à la roue et à la meule dans la couche externe bleue. Les extrémités de ces volutes spiralées se terminent par des points. Les quatre spirales sont séparées par quatre cabochons, repris à la roue, en cristal blanc laiteux avec inclusions imitant la pierre dure.
- Un piédouche en cristal marbré travaillé à la meule
- Un élément inférieur, constituant la base du pied, généralement en cristal marbré, travaillé à la meule
Dans les versions sans bague, le pied est constitué, suivant les cas, de deux ou trois élements en cristal marbré, travaillés à la meule et assemblés à chaud.
Les différentes versions
Il existe ou existait au moins dix-sept versions de la Coupe aux libellules, six avec bague et onze sans.
Les versions avec bague
1 - Musée de l’Ecole de Nancy, France, inventaire numéro 00.13.1 (don Françoise-Thérèse Charpentier, 2000)

Phototgraphie : Claude Philippot
Sa hauteur est de 19 cm. La largeur maximale du vaisseau, de section ovale, est de 21 cm et sa largeur minimale de 17,5 cm. Le vaisseau est marbré de beige, de jaune, de vert et de bleu. Sa surface externe est partiellement martelée. Le corps de la libellule principale est vert-noir, patiné, en application partielle. L’extrémité de l’abdomen de l’insecte est uniquement gravée à la roue. La base du pied est décorée de deux fleurs de nénuphar gravées en camée à la roue. L’une est encore en bouton, l’autre est épanouie. Ces fleurs de nénuphar pourraient rappeler la naissance de la vie dans l’eau.
Le vaisseau porte la signature Gallé gravée en camée à la roue. Le G a la forme d’une libellule. Sur le pied est gravée la date de 1904.
Cet exemplaire, l’un des plus élaborés de tous, faisait partie de la collection personnelle d’Emile Gallé. Dans son hommage à Emile Gallé en mars 1905 (Revue Art décoratif, pp 124-135), Jules Henrivaux a publié cette version en illustration de la dernière lettre de Gallé. Il s’agit d’une photographie qui appartenait à Henriette Gallé-Grimm, devenue alors propriétaire de cet exemplaire à la mort de Gallé. Jules Henrivaux l’a à nouveau publié en 1911, dans son ouvrage La Verrerie au XXe siècle, page 585 en indiquant qu’elle faisait alors partie des collections du Musée des Arts décoratifs. De quel Musée s’agit-il ? Jules Henrivaux ne le précise pas. Il pourrait s’agir du Musée d’Art décoratif créé par le comité de l’Exposition de 1894 à la salle Poirel qui avait décidé d’acheter quatre verreries d’Emile Gallé et de les offrir à la ville de Nancy pour la constitution de cet embryon de musée qui plus tard, à la suite de la donation Corbin, allait devenir le Musée de l’Ecole de Nancy. Le problème est qu’il n’y a pas traces d’une donation d’Henriette Gallé-Grimm à ce musée. Il pourrait donc s’agir d’une erreur de Jules Henrivaux.
Georges Lanorville a également publié cette coupe le 1er mars 1913 dans le numéro 2075 de la revue La nature, Revue des Sciences et de leurs applications aux Arts et à l’Industrie sous le titre Les cristaux d’art d’Emile Gallé (figure 6 page 211). Il s’agit d’ailleurs de la même photographie que celles de 1905 et 1911.
photographie publiée en 1905 et 1911 par Jules Henrivaux
Cet exemplaire a été présenté à l’Exposition de la Verrerie et de la Cristallerie Artistique au Musée Galiéra en 1910 à Paris.
Plus tard, en 1985-1986, elle a été exposée au palais du Luxembourg à Paris et décrite par Françoise-Thérèse Charpentier (catalogue de l’Exposition Gallé au palais du Luxembourg, oeuvre n° 147, p. 238, photographie Gilbert Mangin).
Dans sa description, Françoise-Thérèse Charpentier indique que la coupe exposée, dont elle était à l’époque propriétaire, n’était pas celle publiée par Jules Henrivaux. Or, une comparaison attentive des photographies démontre qu’il s’agit bien de la même coupe. En 1987, elle a été à nouveau reproduite par Françoise-Thérèse Charpentier (Art nouveau, l’Ecole de Nancy, page, photographie Gilbert Mangin). En 2000, elle a été publiée par nous-même (Solvay, Gallé et Art nouveau, page 60, photographie Philippe Husson). Le détail de la libellule centrale a été édité en 1995 comme motif d’une carte postale par l’Association des Amis du Musée de l’Ecole de Nancy. Cet exemplaire a été à nouveau publié dans l’album du Musée de l’Ecole de Nancy paru en 2001 en page de couverture et pages 78-79 (photographie Claude Philippot), dans le catalogue de l’exposition Verreries d’Emile Gallé, de l’œuvre unique à la série (2004) (photographie Claude Philippot) et dans l’ouvrage Emile Gallé et le verre, la collection du Musée de l’Ecole de Nancy (2004, œuvre n° ) (photographie Claude Philippot),
Cet exemplaire a été volé avec quatre autres exemplaires de la coupe aux libellules à Gingins en Suisse le 27 octobre 2004 pendant la seconde partie de l’exposition intitulée Verreries d’Emile Gallé, de l’œuvre unique à la série, organisée conjointement par le Musée de l’Ecole de Nancy et la Fondation Neumann.
2 - Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris, France ; inventaire n° 13815.
photographie Pierre Faligot, Seventh Square
La hauteur de cet exemplaire est de 19,60 cm. Le vaisseau, de section ovale, a un grand diamètre de 21 cm et un petit de 17, 50 cm. Sa masse est de 2,410 kg.
Il contient des salissures intercalaires jaunes et beiges et est marbré de brun, beige et blanc Les marbrures partent du fond de la coupe et s’évasent en spirale vers le rebord du vaisseau. Le corps de la libellule principale est entièrement en application noire avec inclusions blanches, patine et reprises à la roue. Ses ailes sont à décor intercalaire repris à la roue dans le cristal extérieur et en partie dégagé de ce cristal. Pour les ailes antérieures, il existe un léger décalage entre le décor à la roue et le décor intercalaire. La libellule principale survole une deuxième libellule entièrement en décor intercalaire repris à la roue.
Le pied est constitué de trois éléments assemblés à chaud : deux éléments en cristal beige, marbré de blanc, d’orange et de brun, séparés par une bague centrale. L’élément inférieur, ou base du pied, est travaillé à la meule en trois plans séparés par deux rebords obliques. L’anneau central est en cristal opaque double couche, avec intérieur violet foncé et extérieur bleu clair. Quatre spirales simples ou avec branches sont gravées en camée à la roue dans la couche externe bleue. Les extrémités de ces volutes spiralées se terminent par des points. Les quatre spirales sont séparées par quatre cabochons en cristal blanc laiteux imitant la pierre dure avec inclusions reprises à la roue.
Le vaisseau est signé Gallé en camée à la roue près de l’extrémité de l’abdomen de la libellule centrale. La jambe du G figure l’abdomen d’une libellule et le corps de ce G les ailes de l’insecte.
Cet exemplaire présente divers accidents. Il a été remarquablement restauré de 1988 à 1989 par Martine Bailly.
Alastair Duncan, dans son ouvrage, The Paris Salons (1895-1914), volume IV : ceramics & glass, mentionne sous une photographie ancienne de cet exemplaire, qu’il aurait été présenté à l’Exposition Universelle de 1900. Cela nous paraît peu vraisemblable.
Cet exemplaire, comme le précédent, faisait aussi partie de la collection personnelle d’Emile Gallé. Henriette Gallé-Grimm, l’épouse d’Emile Gallé, en a fait don en 1906 au Musée des techniques du Conservatoire National des Arts et Métiers en souvenir de son mari. Cette version a été publiée dans le catalogue officiel des collections du Conservatoire National des Arts et Métiers, fascicule 4, page 273. Il a été publié par Adda Polak en 1962 dans Modern Glass, Londres, Faber and Faber, figure 8a, puis en 1982 par Bernd Hakenjos dans sa thèse (œuvre de verre n° 285). Il a été présenté à l’Exposition Art Nouveau, Belgium-France, qui s’est tenue au Rice Museum à Houston et au Art Institue de Chicago en 1976, puis à l’exposition Emile Gallé qui s’est tenue au Japon en 1980 (chez Mitsukoshi, Nihombashi-Tokyo du 29 01 au 11 02, chez Oriental Nakamura, Nagoya, du 15 au 27 02 1980 et chez Mitsukoshi à Osaka du 4 au 16 mars ). Il a été publié par, Alastair Duncan, dans son ouvrage paru en 1996, The Paris Salons (1895-1914), volume IV : ceramics & glass, page 212. Enfin il a été dans le catalogue de l’exposition Verreries d’Emile Gallé, de l’œuvre unique à la série (2004). Cet exemplaire qui a été présenté à Nancy pendant l’été 2004 au cours de la première partie de l’exposition n’a heureusement pas été exposé à Gingins en Suisse et a retrouvé sa place à Paris.
3 – Collection Silverman et Corning Museum, Etats Unis
photogaphie Corning Museum of Glass
La version de La coupe à la libellule présentée au Corning Museum of Glass dans l’Etat de New York appartient à la fois à ce musée et à la collection Silverman. Elle provient de la collection d'Édouard Hannon (1853-1931) à Bruxelles. Edouard Hannon, ingénieur chez Solvay, a travaillé à l’usine de fabrication de la soude de Dombasle-sur-Meurthe près de Nancy de 1876 à 1883 et épousé une Lorraine. De 1902 à 1905, au 1 avenue de la Jonction à Bruxelles, Jules Brunfaut construit sans imagination particulière la maison d’Edouard Hannon qui demande à Emile Gallé et à Louis Comfort Tiffany de la décorer et de la meubler. Au printemps 1904, il commande à Gallé une salle à manger, un salon complet, une chambre à coucher, des lustres, des appliques, des plafonniers ainsi que diverses verreries dont une coupe aux libellules. Les pièces commandées par Edouard Hannon seront livrées de novembre 1904 à août 1905.
La coupe d’Edouard Hannon possède une hauteur de 18,3 cm et un diamètre maximum de 19,7 cm. Une des faces du vaisseau est décorée de deux libellules en vol comme dans les deux versions précédentes. La grande libellule se distingue cependant par un décor intercalaire nettement plus foncé et très travaillé à la roue avant incorporation dans le cristal externe. Le thorax est entièrement en décor intercalaire, repris à la roue dans le cristal externe. La partie terminale de l’abdomen de l’insecte, en application bleue noire, est patinée. Les salissures, volontairement apportées par cette patine, ont aussi modifiées la surface du vaisseau à proximité de la partie distale de l’insecte.
Une éphémère brun clair à long abdomen terminé par un appendice bifide, entièrement intercalaire, vole entre les deux libellules et pourrait être leur proie. Cette éphémère, suprême raffinement, n’est vraiment visible que de l’intérieur de la coupe. Elle est masquée de l’extérieur par un nuage blanchâtre comme si elle voulait échapper à ses prédateurs. Une troisième libellule, uniquement figurée par gravure à la roue orne discrètement la face opposée du vaisseau. Le vaisseau porte une signature voisine de celle des deux précédentes versions. La version du Corning Museum est la seule qui associe éphémère et libellule.
Cette coupe est passée en vente publique le 6 décembre 1980 chez Christie’s à New York (lot numéro 82). Elle a été acquise conjointement par le Corning Museum of Glass et par Gerry Lou et Benedict Silverman pour la somme de 275 000 US dollars, soit 1 225 000 FF. Gerry Lou et Benedict Silverman ont constitué en douze ans, de 1968 à 1980, une extraordinaire collection d’objets décoratifs Art nouveau.
La coupe à la libellule mise aux enchères en décembre 1980 était vendue par la petite-fille d’Edouard Hannon. Le catalogue de la vente présentait un papier à en-tête des cristalleries Gallé où étaient dessinées diverses verreries, dont la coupe à la libellule. Sur ce papier à en-tête, figurait la facture récapitulative, en date du 29 août 1905, des acquisitions d’Edouard Hannon. La coupe aux libellules a été facturée 1 985 FF en décembre 1904.
facture des cristalleries de Gallé en date du 29 août 1905, publiée par Christie’s dans son catalogue de la vente du 6 décembre 1980 à New York
Cette version de la Coupe aux libellules a été publiée par François Duret-Robert dans le numéro de novembre de la revue Connaissance des Arts (pp. 109). Elle a été décrite en détail par William Warmus en 1984, dans le catalogue de l’Exposition Emile Gallé, Dreams into Glass, oeuvre n° 23, pp. 118-123. Elle a été publiée la même année par Alastair Duncan et Georges de Bartha dans leur ouvrage Gallé, le verre, par Tsuneo Yoshimizu dans son livre The Glass Arts of Emile Gallé, sous le numéro 262 et dans le numéro de juin de la revue House and garden, page 38. Elle a enfin été publiée en 1989 par Alastair Duncan dans l’ouvrage Fin de siècle, Masterpieces from the Silverman collection. Elle a été présentée dans les galeries Poirel à Nancy en 1999, sous le numéro 124 du catalogue de l’Exposition L’Ecole de Nancy, 1889-1909.
4 - Sun Kurino Museum of Art, Atami, Japon

photographie Sun Kurino Museum of Art
La hauteur de cet exemplaire est de 19 cm. Comme dans toutes les versions à bague, la face principale est décorée de deux libellules en vol, l’une survolant l’autre. Mais le corps en application patinée de la libellule principale se reflète dans l’eau par un deuxième abdomen intercalaire qui figure l’ombre du premier ; le corps de l’insecte est en application vert -noire, patinée.
L’exemplaire du Sun Kurino Museum of Art est décrit sous le numéro 2 dans le catalogue consacré aux oeuvres de Gallé que possède le musée et paru en 1995 (pages 10 à 13). Sa provenance nous est inconnue.
5 - Musées d’Art et d’Histoire de Genève, Musée Ariana, Suisse, Inventaire n° V62

photographie Jacques Pugin
Cette oeuvre a été acquise en 1905 par le musée, directement auprès de la maison Gallé. La hauteur de cette version est de 19, 2 cm et son diamètre de 19,5 cm. La libellule principale se caractérise par des effets importants de patine. Le cristal externe de la base du vaisseau porte des vergetures qui semblent émerger du pied. La signature Gallé à G inspiré du corps de la libellule est gravée à la roue sur le vaisseau.
Cette version a été présentée à l’exposition Emile Gallé, Keramik, Glas und Möbel des Art Nouveau qui s’est tenue au Musée de Bellerive à Zurich du 28 mai au 17 août 1980. Elle figure dans le catalogue de l’exposition Verreries d’Emile Gallé, de l’œuvre unique à la série (2004) et n’est plus localisée depuis le vol de Gingins.
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