Trésors de Gallé
Auteur(s) : François Le Tacon
Emile Gallé est considéré comme l’un des plus grands artistes verriers de tous les temps. Lorsqu’il succède à son père en 1877, une fantastique aventure se prépare. Il conçoit un art nouveau inspiré de la nature et met constamment au point de nouvelles techniques verrières. De 1867 à 1894, Gallé fait souffler la totalité de ses oeuvres de verre à Meisenthal, situé en Moselle, puis en territoire annexé par l’Allemagne après la guerre de 1870. Les verreries y sont aussi émaillées et souvent gravées à froid. En 1894, Émile Gallé construit sa propre cristallerie à Nancy.
Les verriers de Meisenthal et les techniques verrières mises en oeuvre en collaboration avec Gallé
La notice remise par Émile Gallé au Jury de la Huitième Exposition de l’Union centrale des Arts décoratifs qui s’est tenue à Paris en 1884 et celle remise à l'Exposition Universelle de 1889 donnent de nombreux détails sur les innovations de la période 1884-1889 mises au point sous la responsabilité de Désiré Christian, le bras droit de Gallé à Meisenthal. Alors que les recherches menées de 1878 à 1884 avaient surtout porté sur l'émaillage, celles menées de 1884 à 1889 ont principalement trait à la masse même du cristal. D'innombrables essais sont tentés pour modifier la couleur du cristal et reproduire la plupart des gemmes naturels : quartz enfumé, quartz améthyste, agate, agate nuagée, moussue ou arborisée, porphyre, hyalite, rubis, ambre gris, albâtre, jade, onyx, agate-onyx. Ces verres ou cristaux reproduisant les couleurs des minéraux naturels comme le vase Feuilles et fleurs sont obtenus par incorporation d'oxydes métalliques. La gravure à l’acide fluorhydrique commence aussi à être mise en oeuvre, vraisemblablement à partir de 1885 ou 1886.
Trois cents pièces de cristaux sont présentées à l’Exposition Universelle de 1889. Émile Gallé provoque l’étonnement de ses concitoyens et triomphe. Les cristaux se parent des nuances les plus subtiles. La gravure en camée à la roue permet de compliquer encore le jeu des couleurs. Le vase Les Fonds de la mer en est un remarquable exemple. L’arrivée à Nancy de nouveaux artistes graveurs, comme Ismaël Soriot, formé à Baccarat, entraîne une évolution des techniques de gravure et donne à Émile Gallé de nouvelles possibilités de création.
La période de transition allant de 1890 à 1894 affirme définitivement l’art novateur d’Émile Gallé qui allie oeuvres symboliques et production de série. L’existence de la frontière et la nécessité de travailler sur deux sites différents constituent cependant un frein à de nouveaux élans.
La cristallerie de Nancy
Les obstacles vont se lever avec la construction de la cristalleriede l’avenue de La Garenne à Nancy qui devient opérationnelle en mai 1894. Désormais, les chefs-d’oeuvre de Gallé seront entièrement exécutés à Nancy.
La mise à feu de ses propres fours dans la cristallerie nancéienne est pour Émile Gallé une véritable révolution. Le fait d'expérimenter directement sur place et de confronter en permanence et en temps réel création et exécution va entraîner de nouvelles possibilités. L'innovation technique majeure est la mise en oeuvre à grande échelle de la marqueterie de verre. Des fragments de cristal de différentes couleurs à une ou plusieurs couches et préalablement mis en forme sont déposés à la pince dans la paraison encore à l’état pâteux ou cueillis directement sur le
marbre. L'ensemble est ensuite travaillé sur le marbre. Cette technique, simple dans le principe, est particulièrement
difficile à maîtriser. Gallé en devient un maître incontesté comme en témoignent les vases Glycine ou Ancolie et de nombreuses autres oeuvres.
Pour les pièces exceptionnelles, d'autres techniques sont utilisées en combinaison avec la marqueterie : application entre deux couches de cristal de feuilles d'or, de platine, ou d'autres métaux précieux, comme avec Petits sourires et grandes larmes, Cattleya ou Datura, verre ou cristal doublé ou triplé, bullage, irisation, pose de décors à chaud, incorporation du décor en marqueterie dans la masse du cristal par application d'une couche externe transparente. L’oeuvre Éphémères en est un exceptionnel exemple. Le noyau interne peut aussi être recouvert d’une couche de cristal constituée de la superposition verticale de plusieurs niveaux de couleur comme dans Petits sourires et grandes larmes. En 1898, Émile Gallé dépose un autre brevet pour la patine sur cristal et verre. Ce procédé, particulièrement bien maîtrisé dans Lisière et hameau ou Chauves-souris, consiste à utiliser des impuretés de différentes natures, qui sont incorporées dans la paraison par projection dans le four à rebrûler. Ce procédé donne au verre ou au cristal une texture particulière et contribue à complexifier le jeu des couleurs. Des techniques plus classiques de travail à froid sont également mises en application en combinaison avec la marqueterie sur verre ou la patine et les autres techniques de travail à chaud. Le plus souvent en effet, les pièces de grande qualité sont en partie ou totalement reprises à la roue ou à la meule comme La Coupe à libations. Certaines verreries, telle La Main aux algues et aux coquillages, peuvent être de véritables sculptures
de cristal. De 1894 à 1900, Émile Gallé vit une période exaltante. Il a directement sous sa responsabilité la plus grande équipe de verriers d’art qui ait jamais été rassemblée. La maladie n’a pas encore fait ses ravages. Les soucis que va lui apporter l’Exposition Universelle de 1900 sont encore éloignés, même si sa préparation débute dès 1897 ou 1898. Émile Gallé est dans la plénitude de son art et vit une période de sérénité.
Les chefs-d’oeuvre de verre vont se succéder
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