Jardin de Cristal
Victor Hugo dans GALLÉ Victor Hugo dans GALLÉ

Victor Hugo dans Gallé

Auteur(s) : François Le Tacon


Emile Gallé (Nancy, 1846-1904), céramiste, ébéniste et maître verrier, est un des artistes fondateurs de l’Art nouveau. Les citations gravées sur ses œuvres nous aident souvent à découvrir leur sens. Par ces citations, il associe leurs auteurs à ses propres émotions. Les textes qu’il fait apposer sur ses oeuvres leur donnent ainsi une nouvelle expression et une nouvelle profondeur. Ils nous éclairent sur le sens qu’il donne à ses créations. Emile Gallé éprouve la plus vive admiration pour Victor Hugo. Les deux hommes ont épousé les mêmes causes et sont sensibles aux mêmes grands sentiments qui animent la nature humaine : l’amour, la justice, la paix, mais aussi la souffrance. Tous les deux sont des hommes d’action qui n’hésitent pas à mettre leur talent et leur notoriété au service des causes qu’ils estiment devoir défendre.

Sur les cinquante-cinq écrivains ou poètes à qui Emile Gallé a fait des emprunts, Victor Hugo arrive de très loin en tête avec près de soixante citations. Plus de cinquante sont apposées sur des œuvres de verre, trois sont mentionnées dans le Décor symbolique, le discours de réception d’Emile Gallé à l’Académie de Stanislas, une autre est citée dans Ecrit pour l’Art, deux sont apposées sur bois et pas une seule sur céramique. Le style que Gallé a adopté pour ses faïences ne pouvait s’accorder avec le symbolisme et la puissance de l’œuvre de Victor Hugo. Cette force, cette beauté du verbe, ces symboles, ces sentiments, Gallé n’a pu les exprimer que sur verre, le matériau qui permet toutes les harmonies et se prête aux combinaisons les plus subtiles. Il n’est donc pas étonnant que ce soit quasi exclusivement sur verre que Gallé se soit inspiré de l’œuvre de Victor Hugo.

HUGO DANS GALLE
Nous allons successivement prendre six thèmes qui ont été chers à ces deux grands humanistes qu’étaient Victor Hugo et Emile Gallé : l’amour, la nature, la justice, la paix sans le renoncement, l’apaisement des souffrances et l’espoir d’un monde meilleur.
Nous connaissons tous l'inoubliable poème de Ronsard : Mignonne allons voir si la rose. La rose a été de tout temps le symbole de l'amour et de la beauté qui passe. Lorsque Vénus sortit des eaux, la terre fut fort embarrassée. Comment orner le front d'une aussi belle créature? La terre fit naître la rose et le problème fut résolu nous dit Grandville.

On dit aussi que Zéphyr, amoureux de la déesse Flore ne savait pas comment la séduire. Il se changea en fleur si belle que Flore, éperdue d'amour, y déposa un baiser. Cette fleur était la rose, nous dit encore Grandville.

Mais que ressentait Emile Gallé devant la rose? Voici ce qu'il nous dit dans Ecrits pour l'Art :

Les roses sont aimables dans les roseraies. Elles sont désirables parmi les haies, sur les seins, au bout des doigts, et délicieuses, effeuillées, dans les coupes!

Comment expliquer le pouvoir qu'exercent à la fois, sur les moins nobles et les plus délicats de nos sens, le vertige exhalé par l'odeur des carmins, la flatterie de la nuance, qui s'insinue plus avant, dans les âmes que la couleur crue ne les blesse, enfin le rêve où, plus subtilement que tout brillant vernissage, nous induit la matité qui veloute sa caresse.

Devant le problème de la rose, le poètes ont toujours la même réponse. Hugo s'écrie tout de suite :
Chair de femme! argile idéale! ô merveille.

Et plus finement :

Une rose me dit : Devine
Et je lui réponds amour!

Mais hâtons-nous ; les pauvres roses vont vite. Elles ne vivent pas l'espace d'un matin.
Et Rodenbach nous dit :
Comme tout s'est fané soudain!
Et quel recul!
Etait-ce bien la peine alors d'aimer les roses?

Hugo et Gallé ont chacun à leur manière célébrer l’amour, l’amour des autres, l’amour du bien, l’amour de la patrie, l’amour sous tous ses aspects. En dehors des deux citations précédentes, Gallé a emprunté à Victor Hugo au moins sept autres citations se rapportant à l’amour, à la rose ou au bleuet, autre symbole de l’amour :

Douce est l’aurore et douces sont les roses.
L’idée d’amour, des tristes yeux
Monte calme, sinistre et pure sur l’horizon mystérieux.
Les bleuets la trouvaient belle.
Allez, Allez, ô jeunes filles
Cueillir des bleuets dans les blés.
Je n’ai rien d’autre à faire ici-bas que d’aimer.

Ô vivants qui flottez dans l’énigme infinie,
Nous allons à l’amour, au bien, à l’harmonie.

Le bleu matin / surgit disant / Aimez vivez.
Victor Hugo.
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